La Cour suprême pakistanaise acquitte les derniers condamnés dans l’affaire d’un couple chrétien brûlés vifs
Le 4 novembre 2014 au Pakistan, une foule avait brûlé vifs Shama, une femme enceinte accusée d’avoir profané des pages du Coran, et son époux Shahzad. La Cour suprême a finalement ordonné la libération des trois derniers hommes condamnés à mort dans cette affaire, après avoir déjà acquitté deux autres condamnés, rapporte International Christian Concern dans un article du 24 juillet.
Des preuves jugées défaillantes
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Avec cette décision, plus aucune personne n’est désormais, légalement, tenue pour responsable de ce crime. Les chrétiens du pays attendaient pourtant beaucoup de la justice, puisque les autorités avaient exprimé leur volonté de punir les coupables en prononçant cinq condamnations à mort en 2016.
C’est en raison d’un manque de preuves que la Cour suprême a acquitté les trois hommes, le 10 juillet. La Cour juge que le ministère public n’a pas apporté de preuves claires quant aux actes précis commis par les prévenus. Les juges estiment notamment que les déclarations faites à la police par les principaux témoins, immédiatement après l’attaque, sont largement contredites par leurs témoignages ultérieurs devant le tribunal. De plus, les témoins n’ont pu établir, au-delà de tout doute raisonnable, le rôle exact joué par chacun des accusés dans la foule.
Seuls face à la foule
Les faits se sont produits après que Shama a été accusée de brûler des pages du Coran. La jeune femme, analphabète, qui nettoyait la maison de son beau-père décédé peu auparavant, en aurait jeté dans le four de la briqueterie. Un supposé témoin de ce geste l’a dénoncée auprès des villageois de Kot Radha Kishan, dans le Pendjab. Galvanisés par les propos d’un imam, des centaines d’habitants ont participé au lynchage du couple qu’ils ont torturé puis jeté dans le four. Selon le quotidien Dawn, la foule a retenu cinq policiers qui tentaient de sauver le couple.
Face à l’ampleur médiatique du crime, l’Etat pakistanais s’est constitué plaignant et l’affaire a été confiée à des juges spécialisés dans l’antiterrorisme. Cinq hommes, dont l’imam, ont été condamnés à la peine capitale et à payer chacun une amende de 200’000 roupies, dix-sept fois le salaire moyen au Pakistan. Neuf autres hommes ont reçu une peine de deux ans de prison pour leur participation au crime, et 92 autres ont été acquittés faute de preuves suffisantes.
L’arrêt de la Cour suprême suit celui de la Haute Cour de Lahore, qui a acquitté en 2019 deux des condamnés à mort et a confirmé la décision du tribunal de première instance d’acquitter les 102 autres inculpés. «Des responsables religieux ont déclaré que ce [verdict final] met en lumière de graves lacunes dans la manière dont les affaires de violence collective sont instruites et poursuivies», indique International Christian Concern.