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Centre évangélique 2026: l’unité par le pardon à l’Espace Grand Paris

© David Métreau
Succès de fréquentation et maturité relationnelle: le déroulé du Centre évangélique 2026 a marqué les esprits à Créteil. Entre un format «B2B» et des moments de vérité poignants sur l'estrade, l'unité des évangéliques a franchi une étape historique.
David Métreau

L’édition 2026 du Centre Evangélique (CE), les 15 et 16 avril à l’Espace Grand Paris de Créteil – un palais des congrès qui héberge, entre autres, l’Eglise MLK –, a été marquée par un moment fort de réconciliation et un format renouvelé. Entre réflexion théologique et fraternité concrète, l’événement, dont la thématique était «L’Eglise Une, ensemble avec nos différences», a confirmé la maturité croissante des relations au sein du monde évangélique français.

Le point d’orgue de ce rassemblement restera sans doute la soirée du mercredi 15. Après un concert de louange avec les artistes d’Antydot, les chantres de MLK Music et le rappeur Conozco, ainsi que l’humour tantôt touchant, tantôt décapant des humoristes Valentine et Nathanaël, le public s’attendait à une prédication d’Ivan Carluer, pasteur de l’Eglise MLK. C’est du moins ce qu’annonçait le programme. Après l’émission «Envoyé Spécial», sur France 2, qui a indigné bon nombre d’évangéliques après sa diffusion en septembre 2025 et que le sniper Nathanaël n’a pas manqué de rappeler, et certaines critiques sur le manque de considération, réel ou supposé, de l’Eglise MLK et de sa figure de proue, la prise de parole du pasteur local était attendue… surtout s’agissant d’unité de l’Eglise…

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Changement de programme


A la place du message, le public a été témoin d’une démarche d’humilité rare et de demandes de pardon croisées. Ivan Carluer a ainsi présenté ses excuses publiquement à Serge Oulaï, également pasteur à Créteil, pour n’avoir jamais pris le temps de le rencontrer malgré ses invitations répétées au fil des années. Serge Oulaï, qui connaissait tous les pasteurs du secteur sauf celui de l’Eglise MLK, a confié avoir été blessé, mais que cela était désormais derrière lui.

Ce geste, né d’une rencontre fortuite dans les couloirs la veille de l’intervention, a transformé la soirée en un témoignage vivant. En reconnaissant avoir, par «activisme» ou inadvertance, délaissé les sollicitations relationnelles de son confrère par le passé, Ivan Carluer a illustré que l’unité des évangéliques, prônée tant par le Centre Evangélique que par le CNEF (Conseil national des évangéliques de France), n’est pas seulement institutionnelle, mais également relationnelle, commente Romain Choisnet, directeur de la communication de la faîtière des évangéliques. «L’unité passe par le pardon et la reconstruction des relations de confiance.»

«Mais tu es un frère»

La pasteure Joëlle Sutter-Razanajohary, de l’Eglise baptiste de Joinville-le-Pont (à 5 km à vol d’oiseau de MLK et de l’Espace Grand Paris), a de son côté demandé pardon à Ivan Carluer. «Lors d’une réunion de la Fédération protestante de France, je l’avais traité de mammouth, de Goliath, disant que j’étais un petit David face à lui», a-t-elle confié, relatant la difficulté de voir des membres quitter son Eglise locale pour rejoindre la megachurch. «Mais tu es un frère.» Elle regrette d’avoir parlé et agi par peur. «Un temps fort hier soir de vérité, de vulnérabilité. Vivre l’Eglise ensemble, c’est d’abord reconnaître que nos différences ou nos fragilités peuvent abîmer nos liens. C’est ensuite offrir et recevoir le pardon puisque c’est le cœur de notre foi et de nos vies chrétiennes», a partagé Joëlle Sutter-Razanajohary sur ses réseaux sociaux le 16 avril.

L’événement en lui-même a rassemblé environ 1250 participants et 135 exposants, des chiffres qui dépassent ceux des éditions précédentes, dans le 12e arrondissement de Paris à l’Espace Charenton.

Réflexion de fond pour responsables chrétiens

Après le succès grand public, en mai 2025, de l’événement «La Place», le Centre Evangélique opère un retour vers son ADN: la réflexion de fond pour les responsables et décideurs («B2B»). Une formule innovante de travail par tables de six à huit personnes – le séminaire – visant à produire une «connaissance collective» sur les enjeux contemporains a été testée et devrait s’affiner pour les prochaines éditions. Malgré quelques ajustements logistiques à prévoir, notamment une meilleure visibilité pour certains stands excentrés et le manque d’une plénière commune pour tous les acteurs, le bilan est largement positif, salue Romain Choisnet.

Il note une absence totale de tensions inter-dénominationnelles, signe d’une «maturité» nouvelle entre évangéliques. «On ne gère plus des conflits de voisinage, on discute de partenariats fructueux et de dossiers communs», se réjouit-il. Le Centre Evangélique 2026 ne s’est pas contenté de célébrer l’unité: il l’a pratiquée, posant très certainement les jalons de futures collaborations.

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