L’Iran décide d’expulser des familles de la plus ancienne église protestante de Téhéran
La St. Peter Evangelical Church, une église fondée en 1872 à Téhéran par des missionnaires presbytériens étatsuniens, héberge plusieurs familles chrétiennes modestes. Au cours de la trêve militaire de 89 jours entre les Etats-Unis et l’Iran, qui a pris fin le 6 juillet, le gouvernement a décidé de les expulser en représailles aux frappes étatsuniennes, rapporte le New York Post dans un article publié le 1er juillet.
Dotée d’une propriété estimée à «plusieurs dizaines de millions de dollars», selon Sasan Tavassoli, un pasteur presbytérien iranien installé aux Etats-Unis et en contact direct avec cette communauté, l’Eglise a déjà vu une partie de ses biens confisquée par les autorités. Pour lui, la décision de saisir l’église et son domaine durant la trêve constituait une mesure de représailles directe contre les Etats-Unis et Israël.
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Les autorités passent à l’action
Les chrétiens de la communauté redoutaient cette confiscation depuis un récent jugement autorisant le régime à prendre possession de biens étatsuniens présents en Iran. De par l’origine de ses fondateurs, le bâtiment peut être considéré comme tel. Sasan Tavassoli affirme que des membres des services de sécurité se sont récemment rendus dans l’enceinte de l’église pour «identifier» les personnes qui y vivent.
Sargez Benyamin, secrétaire exécutif du Synode de l’Eglise évangélique d’Iran en diaspora, a expliqué que l’ordre de saisie émane du Quartier général exécutif des ordres de l’Imam, un puissant organisme contrôlé par l’Etat. Celui-ci est en train d’établir un nouvel acte de propriété au nom du régime. Les autorités auraient déjà confisqué un jardin d’environ un hectare appartenant à l’Eglise, aujourd’hui occupé par quatre membres des Gardiens de la révolution, corps paramilitaire de la république islamique d’Iran qui dépend directement du chef de l’Etat, actuellement Mojtaba Khamenei.
Des familles chrétiennes sans recours
Les vingt familles qui vivent sur la propriété de la St. Peter Evangelical Church ne peuvent pas subsister sans le soutien de l’Eglise. Sargez Benyamin, également ancien pasteur de cette Eglise cité par le New York Post, a précisé que les fidèles risquent d’être arrêtés s’ils refusent de quitter les lieux. Il a ajouté que la décision n’était pas contestable sur le plan judiciaire: «En Iran, il n’y a pas de justice indépendante. Il nous est donc impossible d’engager une procédure pour récupérer nos documents» officiels déjà saisis par l’Etat.
Cette décision intervient sur fond d’une répression accrue contre les minorités chrétienne, juive et bahaïe. Selon le Center for Human Rights in Iran, organisation qui se bat pour les droits humains, plus de 300 chrétiens ont été arrêtés en 2024. 96 d’entre eux ont été condamnés à un total de 263 années de prison. Le directeur de l’organisme, Hadi Ghaemi affirme que le régime utilise des accusations «absurdes» en invoquant la sécurité nationale pour empêcher les croyants de pratiquer leur foi.