En Colombie, des guérillas ont tenté d’influencer le vote de communautés chrétiennes avant la présidentielle
Avec seulement 250’000 voix d’avance, Abelardo de la Espriella a remporté le second tour de l’élection présidentielle colombienne, le 21 juin, face au candidat de gauche Iván Cepeda. Il s’agit du résultat le plus serré jamais enregistré lors d’un second tour dans le pays. L’ONG de défense des chrétiens persécutés Christian Solidarity Worldwide (CSW) a cependant signalé, dans un article publié avant le second tour, que des groupes armés s’étaient manifestés auprès de plusieurs pasteurs du pays pour les forcer, ainsi que leurs communautés, à voter contre le nouveau président.
Des votes placés sous surveillance
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Des guérilleros les ont avertis qu’ils n’autoriseraient pas l’implantation de nouvelles Eglises dans leurs régions ni la construction de nouveaux lieux de culte s’ils choisissaient d’élire Abelardo de la Espriella, affirmant que «ce qui existe déjà est suffisant». Ils ont demandé, lors de réunions forcées, aux responsables religieux de faire «très attention» à certains candidats, dont ce dernier.
Un pasteur du département d’Arauca a rapporté à CSW que des responsables ecclésiastiques des zones rurales avaient reçu des avertissements de la part de la guérilla de l’Armée de libération nationale, décidée à les empêcher de soutenir le candidat de droite. Dans les départements de Caquetá et de Cauca, des factions dissidentes des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ont exigé de responsables religieux qu’ils avertissent les fidèles: leurs votes seraient surveillés.
Le gouverneur de Caquetá, Luis Francisco Ruiz, a déclaré qu’un groupe de responsables d’Eglise lui avait signalé son inquiétude, notamment face aux attitudes des membres du Bloc Jorge Suárez Briceño, une faction armée dissidente des FARC. Le gouverneur, dont les propos sont relayés en substance par CSW, indique que ce groupe a utilisé des tracts, a mis en place des réunions obligatoires réunissant ses membres, les citoyens et les responsables, et envoyait des messages via WhatsApp pour influencer les choix électoraux. D’autres groupes armés auraient exigé des électeurs qu’ils photographient leur bulletin de vote marqué et qu’ils montrent ces images aux représentants des groupes dissidents, leur permettant ainsi d’identifier ceux qui ne suivraient pas leurs consignes.
Un contexte sécuritaire déjà très dégradé
Ces menaces, bien qu’elles ne soient pas inédites en leur genre, interviennent sur fond de la pire flambée de violences depuis la signature de l’accord de paix avec les FARC en 2016. Le candidat de gauche Iván Cepeda assurait qu’il souhaitait continuer à négocier la paix avec les groupes armés, tandis qu’Abelardo de la Espriella a promis d’utiliser la force pour en venir à bout.
Dans l’Arauca, une communauté chrétienne membre de l’union d’Eglises évangéliques Foursquare a indiqué, avant le second tour, qu’elle resterait neutre sur le plan électoral et que sa mission restait spirituelle, laissant ses membres décider de leurs votes.