Vote de la loi sur la fin de vie: une «rupture éthique» pour le CNEF, une «loi inhumaine» pour le CPDH
Malgré de vives oppositions éthiques et anthropologiques, les députés français ont définitivement validé la proposition de loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté sous conditions. Mercredi 15 juillet, l’Assemblée nationale, qui avait le dernier mot sur ce dossier hautement sensible, a adopté le texte de loi sur l’aide à mourir par 291 voix contre 241 (et 29 abstentions). Un vote historique qui marque un tournant sociologique majeur pour le pays. Ce scrutin scelle la promesse d’Emmanuel Macron d’instaurer un «modèle français» de la fin de vie, permettant à certains patients atteints de pathologies graves et incurables de solliciter l’administration d’un produit létal.
Pour de nombreux observateurs et opposants au projet, cette décision représente une véritable «rupture anthropologique», touchant au principe fondamental de l’interdit de donner la mort. A l’inverse, les partisans de la loi y voient une liberté nouvelle et un progrès social. Avec ce vote, la France rejoint le groupe restreint de pays ayant légiféré en faveur du suicide assisté ou de l’euthanasie, à l’image de la Suisse, de la Belgique ou du Canada.
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Profonde tristesse et vive inquiétude du CNEF
Dans un communiqué publié le 15 juillet, le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) a exprimé «sa profonde tristesse et sa vive inquiétude face à ce tournant éthique et anthropologique majeur» pour la France.
La faîtière des évangéliques de France a rappelé sa mobilisation depuis plus de trois ans à travers auditions, lettres ouvertes aux parlementaires et participation aux débats, rappelant «constamment (…) une conviction fondamentale, ancrée dans l’Evangile: toute vie humaine possède une valeur intrinsèque et absolue, de son commencement à sa fin naturelle».
Pour le CNEF, «la dignité d’une personne malade ou âgée ne dépend pas de son degré d’autonomie physique, mais du regard d’amour, de respect et de protection que la société lui porte jusqu’à son dernier souffle». Avec cette nouvelle loi votée, l’interdit de donner la mort, pilier de notre vie commune, est fragilisé, poursuit encore le Conseil. Ce dernier «conteste fermement» l’usage du concept de «fraternité» pour qualifier ce texte – notion mise en avant, entre autres, par l’ancien député Olivier Falorni (MoDem), principal promoteur de la loi. Selon l’organisme qui représente 36 unions d’Eglises et 173 associations membres, «la véritable fraternité ne consiste pas à hâter la mort de ceux qui souffrent, mais à ne jamais les abandonner».
Une «pression morale indirecte» sur les plus fragiles
Toujours dans son communiqué, le CNEF s’inquiète d’une «pression morale indirecte qui s’exerce désormais sur les personnes les plus fragiles, susceptibles de se percevoir comme une charge pour leurs proches ou pour la solidarité nationale».
«La priorité absolue aurait dû être accordée au développement rapide, effectif et équitable des soins palliatifs, encore tragiquement inaccessibles sur de nombreux territoires et créant par là une injustice sociale.» Exprimant son soutien total et sa gratitude aux soignants «en première ligne face à des dilemmes éthiques inédits», l’organisme «exige la sanctuarisation absolue et sans compromis de leur clause de conscience».
Enfin, «face à cette rupture éthique, le CNEF appelle les Eglises protestantes évangéliques de France à redoubler d’efforts dans leurs actions d’accompagnement, de visite et de réconfort». Et de conclure: «Aujourd’hui plus que jamais, nos communautés locales sont appelées à être des témoins d’espérance, de présence et de solidarité concrète auprès des plus fragiles.»
Une loi «profondément inhumaine» pour le CPDH
Dans un communiqué du 15 juillet, le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine (CPDH) a de son côté dénoncé une loi «profondément inhumaine» qui «restera marquée par une très nette absence de consensus au sein du Parlement français». L’association, dont le but est d’encourager et de faciliter l’engagement des Eglises et des citoyens chrétiens dans les débats de société, y voit «le signe d’une fraternité sérieusement ébranlée». Selon le CPDH, cette loi sur la fin de vie «blesse les trois caractéristiques fondamentales de notre famille humaine»: cognitives, éthiques et sociales.
Pour le CPDH, c’est une «erreur grave» de «refuser de tenir compte des dérives et de l’augmentation des demandes d’euthanasie dans les pays où le « droit à mourir » a été adopté». Par ailleurs, dénonce l’association, «la dignité qui était intrinsèque à l’être humain est devenue évaluable, selon la loi française, et une nouvelle conception de la vie humaine est apparue au cours des débats: le validisme (…). Notre validité deviendra-t-elle l’un des critères de notre dignité?» Pour le CPDH, si c’est la liberté qui a été érigée comme justification première de «l’aide médicale à mourir», alors qui pourra mettre des limites là où la liberté individuelle n’en supporte pas? «La dimension sociale meurt dans l’indifférence» des articles d’une loi qui fait la part belle à «l’autodétermination».