Le Maharashtra, bientôt le 13e état indien à adopter une loi «anti-conversion»?
Douze états indiens ont adopté des lois anti-conversion au détriment des communautés non hindoues. Le gouvernement du Maharashtra a présenté un projet de loi en ce sens le 12 mars dernier, adopté le lendemain par l’Assemblée législative. Le gouverneur doit encore donner son approbation définitive. Mission Network News souligne, dans un article du 6 juillet, les difficultés que la nouvelle législation causera à la petite minorité chrétienne. Les lois dites «anti-conversion» interdisent d’inciter une personne à changer de religion «par la contrainte, la tromperie, la coercition et tous « moyens indus »».
Dans la pratique, l’évangélisation est assimilée à ce type d’infraction car, dans les faits, partager ou faire part de ses convictions, si elles ne relèvent pas de hindouisme, n’est pas permis. Un mariage avec un chrétien ou une chrétienne peut parfois être considéré comme une forme de conversion forcée.
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Se convertir sous le contrôle de l’Etat
«Lorsque des lois anti-conversion sont en vigueur, cela signifie qu’il y a davantage de peur et d’intimidation autour de nos programmes», observe Raina Miller, de Mission India. Le texte prévoit l’obligation pour toute personne désirant changer de religion de notifier son intention 60 jours à l’avance, et obtenir l’approbation du gouvernement.
Les chrétiens du Maharashtra considèrent que cette loi pourrait être utilisée pour les faire taire et faire pression sur ceux qui désirent s’informer sur la foi chrétienne. Elle pénaliserait fortement la minuscule communauté chrétienne de cet état, déplore Raina Miller: «Ce qui est particulièrement frappant concernant le Maharashtra, c’est que les chrétiens représentent moins de 1% de la population du Maharashtra. Il est donc vraiment dévastateur de constater qu’ils souhaitent mettre en place des lois anti-conversion qui rendraient encore plus difficile la diffusion de l’Evangile, alors que la communauté de croyants de départ est déjà si réduite.»
Tout contrevenant à la loi s’exposerait à une amende ou une peine de prison. Pour Mission India, ces obstacles n’empêcheront toutefois pas l’évangélisation : «Chaque fois que la persécution augmente, d’une manière ou d’une autre, nous constatons également une accélération de la diffusion de l’Evangile. Il est écrit dans la Genèse: « Ce qui était destiné au mal, Dieu l’a utilisé pour le bien. » Nous revenons souvent à ce passage lorsqu’il est question de persécution.»
Une liberté religieuse sous conditions
L’article 25 de la Constitution indienne garantit pourtant la liberté de conscience, le droit de professer, pratiquer et propager sa religion. Cependant, il prévoit également la possibilité, pour l’Etat, de limiter ces droits pour des motifs d’ordre public, de santé ou de moralité. En 1977, dans une affaire opposant le révérend Stanislaus à l’état du Madhya Pradesh, la Cour suprême du pays a jugé que le droit de propager une religion ne conférait pas un droit fondamental de «convertir» autrui, dès lors qu’il y a contrainte, fraude ou séduction. Parler de Dieu dans un cadre de secours d’urgence en fait partie.
Cette décision, qui confirmait déjà les lois de cet état et de l’Odisha, a constitué l’un des précédents pour les lois anti-conversion adoptées depuis. En 2021, la Cour suprême a reconnu le droit de changer de religion, tout en maintenant les limites de la jurisprudence de 1977, a indiqué Vatican News.
Parmi les 20% d’Indiens qui ne sont pas hindous, les musulmans souffrent aussi: ils constituent la principale minorité religieuse, avec 14,3% de la population du pays, indiquait l’Encyclopédie d’Histoire de l’Europe en 2023.