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Deux ONG alertent l’ONU sur un «génocide par attrition» des chrétiens au Nigeria

© Foreign and Commonwealth Office – Freedom of religion or belief / Nazila Ghanea, avocate britannique spécialiste des droits humains, est la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté de religion et de conviction
Deux ONG ont alerté la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté de religion, évoquant un génocide des chrétiens et des musulmans modérés en cours au Nigeria.

Dans un mémorandum remis le 20 mai à Nazila Ghanea (photo), rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté de religion et de conviction, les ONG internationales Alliance Against Genocide et Genocide Watch dénoncent un «génocide» des chrétiens et des musulmans modérés au Nigeria. Elles accusent de plus les autorités de minimiser ces violences, voire de les accepter.

Violences et califat

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Selon le mémorandum, les groupes djihadistes Boko Haram et l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest ont tué plus de 30’000 chrétiens et musulmans pacifiques depuis 2009, et les milices djihadistes peules auraient tué 30’000 autres chrétiens et incendié leurs villages. Plus de 2,2 millions de personnes ont été déplacées, déclarent les organisations.

Le document rappelle également la pratique courante des rapts, mentionnant l’année 2024 durant laquelle au moins 580 civils auraient été enlevés. Les signataires accusent le gouvernement d’utiliser le terme «bandits» pour éviter d’identifier les auteurs avec précision, Peuls et membres de Boko Haram. Parmi les massacres, les ONG citent l’attaque du village catholique de Yelwata en juin 2025, lorsqu’entre 100 et 200 villageois, voire plus, auraient été tués, dont des nourrissons et des personnes âgées.

Les ONG parlent d’un «génocide par attrition» – à l’usure – dont le processus «n’est pas sporadique» en termes de violences mais «systématique et en expansion», «graduel». Depuis 2001, les djihadistes ont envahi et pris le contrôle de plus de 1000 villages chrétiens. Ces territoires vidés de croyants sont désormais intégrés à un «califat» islamique, déclarent-elles, expliquant que les djihadistes peuls ont tué ou expulsé les habitants et instauré des gouvernements théocratiques islamistes ainsi que des systèmes de taxation. Ces villages servent ensuite de bases avancées pour lancer des attaques contre les localités voisines.

Les autorités mises en accusation

Le mémorandum affirme en outre que des généraux peuls et haoussas, avec d’autres officiers musulmans extrémistes de l’armée nigériane, empêchent leurs équipes d’intervenir avant la fin des massacres, voire arrêtent les membres des groupes d’autodéfense. Les villageois n’ont pas le droit de se protéger eux-mêmes de façon préventive. Le texte pointe également le pouvoir politique en l’accusant de nier la situation.

Alliance Against Genocide et Genocide Watch accusent entre autres le gouvernement d’euphémiser les massacres en parlant de «conflits entre éleveurs et agriculteurs». L’Etat nigérian invoquerait le changement climatique, avec la même intention de déni que lorsqu’il conteste les statistiques, discrédite les lanceurs d’alerte ou accuse les victimes, faisant prévaloir la réconciliation plus que l’intervention de la justice officielle.

Les ONG demandent à Nazila Ghanea de ne pas céder aux pressions du gouvernement nigérian et un rapport «franc et sans détour» sur les atteintes à la liberté religieuse dans ce pays.

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