Islam en Suisse: le risque des restrictions religieuses à double tranchant
Alors que plusieurs cantons débattent des symboles religieux, principalement islamiques, portés à l’école, le Conseil suisse des religions (SCR) a pris position contre leur interdiction généralisée dans un communiqué le 22 septembre. Pour sa part, le Conseil fédéral propose de rejeter quatre motions déposées par des conseillers nationaux, dont l’une vise à donner un droit de regard aux communes concernant la construction de centres musulmans.
Le voile à l’école publique en débat
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Le Parlement du canton de Zurich a adopté le 31 août, à l’issue d’un vote serré (87 voix contre 82), une motion visant à interdire les coiffes religieuses dans les écoles publiques, et la question agite les cantons d’Argovie, de Saint-Gall et de Zoug. Ces projets, qui portent surtout sur le voile islamique, sont contestés par le SCR.
Pour ce dernier, interdire dans toute la Suisse des symboles religieux aux élèves méconnaîtrait la liberté religieuse: «L’école doit permettre aux enfants et aux jeunes d’apprendre à respecter des convictions diverses. Lorsque des convictions religieuses ou philosophiques conduisent à l’exclusion, à l’hostilité ou à une restriction de la liberté d’autrui, l’école doit intervenir.» Le SCR s’oppose également à une interdiction des symboles religieux pour les enseignants, au motif qu’ils ne suffiraient pas, à eux seuls, à influencer ou à endoctriner les élèves.
Le Conseil fédéral redoute la discrimination
Le Conseil fédéral a proposé le rejet de quatre motions déposées par les conseillers nationaux UDC Thomas Knutti (BE) et Therese Schläpfer (ZH), indique un article de Livenet du 8 septembre. Ils demandaient notamment l’interdiction du financement de mosquées et de centres islamiques par des Etats qui soutiendraient des organisations terroristes, violeraient les droits humains ou persécuteraient les chrétiens, en suggérant de s’appuyer sur l’Index mondial de persécution de l’ONG Portes Ouvertes. Le gouvernement suisse invoque aussi l’absence de compétence fédérale, les rapports entre l’Etat et les religions relevant des cantons. Ses représentants jugent qu’une réglementation visant spécifiquement les lieux de prière musulmans poserait un problème de discrimination.
Thomas Knutti regrette cette prise de position et annonce vouloir poursuivre son action, tout en précisant n’avoir «aucun problème à ce que les mêmes règles s’appliquent aux Eglises évangéliques libres». De son côté, Michael Mutzner, directeur de l’association Christian Public Affairs qui défend les positions d’Eglises et d’œuvres chrétiennes au Parlement fédéral, cite la Constitution, qui interdit la discrimination et juge qu’une règle neutre pourrait également concerner les Eglises, les Eglises évangéliques libres, les synagogues et d’autres communautés croyantes. «La liberté religieuse vaut pour tous – ou, finalement, pour personne», a-t-il déclaré à Livenet.
L’exemple genevois
Michael Mutzner estime par ailleurs que des règles restreignant les pratiques d’une religion peuvent en toucher d’autres, à l’instar de la loi genevoise sur la laïcité entrée en vigueur en 2020, qui a abouti à l’interdiction des baptêmes dans le lac Léman: «Le canton a adopté une loi sur la laïcité à la suite d’un débat fortement influencé, entre autres, par la crainte de l’islam (…), des réglementations élaborées politiquement, surtout en pensant à l’islam, peuvent finalement affecter tout le monde, et en particulier les Eglises libres protestantes», affirme-t-il. Le Conseil national doit encore se prononcer.