En Indonésie, des musulmans s’opposent à la construction légale d’une église
Pays musulman le plus peuplé du monde, l’Indonésie garantit officiellement la liberté de culte. Cependant, dans certaines régions, les minorités religieuses sont confrontées à une forte hostilité. Dans la province de Sulawesi du Sud, des musulmans exigent le retrait du permis de construire accordé à l’Eglise chrétienne Toraja. Ses membres ne disposaient jusqu’à présent que d’un bâtiment non reconnu comme lieu de culte, situé au même endroit dans un quartier de Makassar, informe Morning Star dans un article du 22 juillet.
Accusations injustifiées de fraude
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Le permis de construire délivré par les autorités, après vérification du respect de toutes les conditions légales, devrait représenter une étape importante pour la communauté Toraja. Ses membres se réunissent depuis 1988 sur le lieu concerné, mais avec le projet d’en faire une Eglise à part entière, ils doivent désormais faire face à des affirmations selon lesquelles les règles pour la délivrance du permis n’ont pas été observées.
Les opposants musulmans accusent l’Eglise d’avoir «falsifié des pièces justificatives (et) d’avoir exclu les habitants du processus d’octroi du permis» en ne menant pas la consultation locale exigée par la loi. Des dizaines de personnes ont manifesté le 7 juillet devant le bureau du chef du village. «Nous nous y opposons parce que ce sont des étrangers qui veulent construire une église dans notre quartier. C’est pour cela que les gens sont en colère», aurait déclaré un riverain.
Le Forum de coopération interconfessionnelle (FKUB) de Makassar, un organisme public interreligieux qui conseille les autorités, contredit cependant les détracteurs du projet et assure que les responsables de l’Eglise ont fourni tous les documents exigés par la loi. L’organisme a émis une recommandation favorable à la construction le 14 avril: «Toutes les conditions pour la construction de l’église ont été remplies, et l’Eglise a même affiché pendant un mois un panneau annonçant le projet, ce qui a permis à l’assemblée plénière du FKUB de se réunir et d’émettre une recommandation au gouvernement municipal», a affirmé, selon les sources du Morning Star Hasan Pinang, vice-président du FKUB local.
Aucune contestation officielle
Après la phase de consultation publique, le FKUB n’a par ailleurs reçu aucune objection écrite, document qui aurait pu être pris en compte. Son président Arifuddin Ahmad a ainsi remis la lettre de recommandation au comité de construction de l’église sans avoir rencontré de protestation officielle.
Le mouvement Indonesia for All (L’Indonésie pour tous), qui promeut la tolérance et se bat contre les discriminations dans le pays, ne s’étonne pas: l’absence d’objection formelle dans un premier temps n’empêche pas l’hostilité ultérieure dans ce type de situation, déplore-t-il: «Même lorsque toutes les exigences administratives sont remplies, la construction d’une église peut encore être bloquée par l’opposition sur le terrain.»