TikTok, YouTube et Instagram sont les nouvelles portes d’entrée de la foi chrétienne
Selon un rapport commandé par l’Eglise d’Angleterre et réalisé par le groupe de réflexion Theos, les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle important dans le parcours des jeunes adultes vers la foi chrétienne. A l’issue d’entretiens menés avec une trentaine de personnes âgées de 18 à 30 ans, un constat s’esquisse: de nombreux participants qui ont choisi de fréquenter une Eglise ont d’abord découvert des notions chrétiennes en ligne, à travers des podcasts, des témoignages de chrétiens ou d’influenceurs-évangélistes: «Les réseaux sociaux ont souvent éveillé leur curiosité initiale, les amenant à approfondir leur réflexion à travers des livres, des podcasts, la Bible et des discussions sur la foi.»
Ce constat trouve des échos en France, où les réseaux sociaux semblent jouer un rôle croissant de «pré-évangélisation»: avant même de franchir la porte d’une église, certains jeunes adultes découvrent le christianisme à travers des vidéos créées par des influenceurs, puis cherchent à se renseigner davantage sur les vérités bibliques (et parfois, se rapprochent d’une communauté chrétienne). Dans un article consacré à ce phénomène publié en 2025, La Vie souligne que les créateurs de contenus chrétiens se font par ailleurs de plus en plus nombreux sur Facebook, Instagram, TikTok et YouTube.
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Des influenceurs atteignent les jeunes en ligne
Le média relève que ces «missionnaires du numérique» participent à une évangélisation efficace auprès d’une génération qui s’informe, échange et est susceptible de se poser des questions principalement à partir de contenus en ligne. Parmi ces influenceurs qui cumulent jusqu’à des centaines de milliers d’abonnés figure entre autres la pasteure évangélique Johanna Exbrayat, connue sous le nom de «Pasteure Jo». On peut citer également Nicolas Salafranque («Quoi d’neuf pasteur?»), ou bien Noémie Suzanne de Savoir Chrétien. Ivan Carluer, pasteur de la méga-Eglise MLK de Créteil, le formule ainsi: «La plus grande Eglise de France, aujourd’hui, c’est YouTube!»
On retrouve chez de jeunes adultes suisses une démarche similaire. Dans un reportage diffusé plus tôt cette année, la radio-télévision alémanique SRF décrivait le parcours d’Amanda, 18 ans. Elle explique avoir commencé à s’intéresser à la foi après avoir visionné des contenus chrétiens sur TikTok. C’est après des années de harcèlement scolaire et une dépression que la jeune femme dit avoir trouvé sur cette plateforme des ressources qui l’ont encouragée à se questionner «et à se tourner vers Dieu». «La foi ne commence pas toujours sur les bancs de l’église», commente la SRF.
Il est également question de Delia, dont le parcours présente des similitudes avec celui d’Amanda. Les deux jeunes femmes fréquentent les mêmes communautés chrétiennes numériques. Si Delia est maintenant engagée dans une Eglise locale, Amanda vit sa foi presque exclusivement au sein d’espaces en ligne. Rebekka Rieser, chercheuse en religion numérique à l’Université de Zurich, invite ainsi à nuancer la conception traditionnelle de la pratique spirituelle des jeunes générations. «Mesurer la religion uniquement par l’appartenance à une Eglise, c’est n’observer que sa forme classique et institutionnalisée», souligne-t-elle.
Une foi à distance?
Les conclusions du rapport de l’Eglise d’Angleterre apportent toutefois une nuance importante. Si les réseaux sociaux constituent de plus en plus un premier point de contact, ils ne remplacent pas les relations humaines. En effet, les chercheurs ont observé que les encouragements et invitations d’amis, de proches et de membres d’Eglise restaient décisifs dans le passage de la curiosité à la fréquentation effective d’une communauté chrétienne.
Cette observation rejoint les résultats d’une enquête de 2025 du Institut suisse de sociologie pastorale (SPI) Suisse romande (catholique) sur le rapport des 16-30 ans à la spiritualité. L’étude souligne qu’à l’ère numérique, le bouche-à-oreille conserve encore une place centrale. Les jeunes participent plus volontiers à un événement chrétien (culte, réunion ou concert, par exemple) lorsqu’ils connaissent déjà quelqu’un qui s’y rend, tandis que TikTok, Instagram ou YouTube peuvent éveiller l’intérêt et inspirer de premières recherches et démarches spirituelles. L’enquête du SPI confirme ainsi que les réseaux sociaux ne supplantent pas les recommandations personnelles ni les moyens de communication plus traditionnels.