L’Église réformée suisse rejette tout antijudaïsme «chrétien»
«Le Conseil de l’Eglise évangélique réformée de Suisse constate avec inquiétude que l’antisémitisme est à nouveau plus visible et plus virulent en Europe et en Suisse.» L’organe directeur de l’EERS souligne l’urgence, et l’importance, de se dresser contre le racisme anti-Juifs et l’antijudaïsme dans une publication du 29 mai.
L’EERS constate que «les personnes juives renoncent de plus en plus à afficher ouvertement leur identité [car] elles sont victimes d’insultes, d’exclusion, d’intimidation, de menaces et d’agressions violentes». Cette hostilité, note le Conseil de la congrégation protestante, n’est pas marginale mais se retrouve au cœur de la société, «dans les débats politiques, sur les réseaux sociaux, dans les milieux éducatifs et dans la vie culturelle» – et est exacerbée par les tensions liées au conflit au Proche-Orient.
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La responsabilité historique des Eglises
«Face à cette situation, les Eglises sont conscientes de leur propre implication dans l’histoire de l’antijudaïsme et de l’antisémitisme», distinguent les signataires du communiqué, qui soulignent que des théologies chrétiennes «ont prôné un mépris du judaïsme, ont affirmé qu’Israël aurait été retranché de son héritage» et ont entretenu «certaines interprétations polémiques de la Bible, ainsi que l’entretien de stéréotypes négatifs et les accusations générales portées contre « les Juifs », [contribuant] pendant des siècles à l’exclusion, à l’humiliation et à la persécution des personnes juives». Pour l’EERS, l’Eglise ne saurait dénoncer l’antisémitisme de façon crédible qu’en assumant «sa propre culpabilité historique».
Le Conseil de l’EERS souligne que Jésus était juif et que le christianisme est né dans le judaïsme. Il affirme l’impossibilité d’un antijudaïsme chrétien: «L’Eglise ne vit pas contre le peuple d’Israël – il vit des promesses que Dieu lui adresse et qui l’unisse au peuple d’Israël. La perspective de Paul, selon laquelle Dieu n’a pas rejeté son peuple, revêt ici une importance fondamentale», lit-on dans dans le texte, qui ne fait aucun compromis.
Rejet d’interprétations géopolitiques
Depuis la Seconde Guerre mondiale, les Eglises réformées suisses ont souhaité entreprendre un travail de repentance et de révision théologique. Elles rejettent l’idée selon laquelle l’Eglise aurait remplacé Israël comme peuple élu de Dieu. Considérant qu’il est légitime de critiquer les politiques de l’Etat d’Israël, comme celles de tout autre Etat, l’Eglise évangélique réformée de Suisse ERS juge que «les débats autour d’Israël/Palestine sont souvent menés de manière partiale et sans nuance, et que la longue tradition de l’antisémitisme en Europe pèse encore aujourd’hui sur la perception de ce sujet.»