Journalisme chrétien: ce que la tradition protestante apporte au débat sur la vérité dans les médias
«Les Français ont de moins en moins confiance aux journalistes»: c’est sur ces mots que commence l’émission «Variations Ethiques», diffusée sur la chaîne YouTube «Les chemins de la foi» de France Télévisions. A travers les témoignages et des réflexions des acteurs protestants de ce milieu, le documentaire questionne les liens entre foi chrétienne, vérité et pratique journalistique, dans un monde où on leur reproche «un manque d’indépendance et d’honnêteté».
Entre neutralité et honnêteté
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Le fil rouge du documentaire tient en une conviction partagée par tous les intervenants: la neutralité journalistique est un idéal inaccessible, mais l’honnêteté, elle, est une exigence atteignable. «Pour moi, ça serait orgueilleux de dire que je suis neutre, je suis objectif. En fait, on ne l’est jamais complètement, mais je peux essayer d’être honnête», affirme David Métreau, rédacteur en chef de Christianisme Aujourd’hui, média du groupe indépendant Alliance Presse. Selon lui, un journaliste chrétien peut assumer sa coloration confessionnelle tout en respectant les codes professionnels, à commencer par les cinq questions fondamentales du journalisme (de quoi ou de qui parle-t-on? Où cela s’est-il passé? Quand? Comment? Pourquoi?).
Les Béréens, premiers vérificateurs de la Bible
Alexis Gury, secrétaire général de l’association Eglises vertes, propose un parallèle: la Bible elle-même contient quatre récits de la vie de Jésus, quatre angles de vue sur les mêmes événements. «On a besoin d’une pluralité de la presse pour pouvoir appréhender les éléments», estime-t-il. Une analogie prolongée par Agnès von Kirchbach, pasteure et ancienne présidente de la commission TV de la Fédération protestante de France, qui rappelle que que les évangélistes s’adressaient à des publics différents — par exemple Matthieu à des Israélites, Luc à des Grecs — et devaient traduire le message dans chaque univers culturel.
Entre le lecteur et le journaliste, la responsabilité est partagée. C’est d’abord un effort rédactionnel: «Personne ne détient la vérité, mais [le journaliste] essaie d’approcher la vérité en essayant de traiter l’information le plus équitablement possible pour donner la parole à chacune des parties, de façon à ce que les lecteurs puissent se faire leur propre opinion», affirme Stéphane Lutz-Sorg, rédacteur en chef du journal Réforme.
Ensuite, le lecteur doit également prendre le temps de discerner ce qui lui est raconté, comme l’explique David Métreau: «Dans la Bible, on parle des Béréens qui étaient là pour vérifier si ce qui était prêché était conforme à la parole de Dieu. (…) J’invite les gens à adopter la même attitude par rapport à l’information.»
Assumer et financer une presse libre et représentative
Enfin, le documentaire aborde aussi la question de l’indépendance et de la pluralité des opinions. Gwenaelle Brixius, pasteure et rédactrice en chef du Nouveau Message, un magazine protestant régional en Alsace-Moselle, indique pour sa part que si leur rédaction touche des subventions, cela ne freine pas leur indépendance: «Nous ne sommes pas l’organe de de communication de l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine. On se réserve le droit d’aborder tout ce qu’on veut, tous les sujets que nous souhaitons.»
En ce qui concerne la pluralité d’opinions, Stéphane Lutz-Sorg tout comme David Métreau affirment qu’elle est essentielle au protestantisme et que leurs médias devraient en être les miroirs. «Est-ce qu’il y a une façon protestante d’être journaliste?», se demande le rédacteur en chef de Réforme. «Il y a sans doute un rapport protestant à la vérité. Si on accepte qu’effectivement la vérité est plurielle, je crois que le doute est un élément absolument fondamental qui permet de se mettre à distance et d’être d’être honnête vis-à-vis de soi-même, vis-à-vis des faits.»