Le journal «Le Monde» a enquêté sur la persécution des chrétiens en Chine
«Ils sont des dizaines de millions. Personne ne sait combien exactement, car beaucoup d’entre eux fuient le regard d’un régime aussi intrusif que brutal.» Le quotidien français Le Monde aborde ainsi, dans une vidéo publiée le 17 mai, le sort des chrétiens sous la gouvernance du Parti communiste chinois (PCC), «une catégorie de citoyens particulièrement sensible pour le régime et dont la liberté se réduit année après année».
La résistance matée
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Des avis placardés dans l’est de la Chine en décembre dernier encourageaient la population à la délation. «Veuillez signaler tout acte répréhensible commis par Lin Enzhao, Lin Enci et leur bande criminelle.» Les personnes ciblées étaient chrétiennes: les frères Lin dirigeaient l’Eglise protestante du village de Yayang et refusaient d’y placer le drapeau chinois, symbole étatique du contrôle des sermons dans les bâtiments où se réunissent les chrétiens. Deux nuits plus tard, à trois heures du matin, des centaines de policiers ont donné l’assaut contre l’église. Selon Wei (pseudonyme), un chrétien cité par Le Monde, 103 fidèles ont été arrêtés. Le lieu de culte a été partiellement rasé, et la croix rouge sur son dôme a été abattue.
La répression n’a pourtant pas toujours été aussi dure: après la mort de Mao Zedong en 1976, la religion est redevenue légale en Chine et le nombre de chrétiens a explosé. S’il est possible d’en recenser entre 100 et 120 millions aujourd’hui selon l’ONG Global Christian Relief et que leur nombre ne décline pas, ils étaient 4 millions en 1949, année de la prise du pouvoir par Mao.
Une persécution pas toujours efficace
Parmi eux, 38 millions sont actuellement membres d’Eglises officielles, reconnues par l’Etat. Les autres fréquentent des «Eglises souterraines», informelles. Depuis 2012, le PCC dirigé par Xi Jinping renforce son contrôle sur toute la société: les cultes sont surveillés, des croix voire des églises détruites. En 2018, le PCC a fermé l’Eglise de Sion à Pékin, l’une des plus grandes communautés chrétiennes avec une affluence de 1500 personnes, et a placé son fondateur Jin Mingri ainsi que vingt autres responsables en détention, où ils sont toujours. La fille du pasteur, Grace Jin Drexel, se bat pour sa libération.
Depuis septembre 2025, diffuser librement du contenu religieux sur internet est illégal. «A chaque fois, on trouve des éléments communs dans ces campagnes de répression: un désir de remettre au pas, de remettre dans le rang des Eglises qui refusent de se soumettre au contrôle du régime», juge Harold Thibault, correspondant du Monde à Pékin. La quête de spiritualité des Chinois «est un constat d’échec pour le Parti communiste. Pour le régime, ce qui doit donner du sens à la vie, c’est le Parti», souligne la même source.