Les chrétiens de Syrie contraints d’annuler les festivités de Pâques
Suite à une explosion de violence à caractère confessionnel survenue dans la nuit du 27 au 28 mars, les autorités religieuses chrétiennes de Syrie – catholique, orthodoxe, grecque orthodoxe et syriaque orthodoxe – ont pris la décision unanime d’annuler tous les événements relatifs à la célébration de Pâques. Cette année, toutes les festivités se feront à l’intérieur des églises et non à l’extérieur comme elles se faisaient habituellement.
Déchaînement
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Le patriarcat catholique grec d’Antioche a publié un communiqué officiel le 28 mars, sans faire référence à un conflit confessionnel mais en mentionnant plutôt des circonstances contraignantes qui le conduisent à appeler, en coordination avec les autres Eglises, les chrétiens à restreindre les célébrations à des messes à l’intérieur des bâtisses d’églises. Des «circonstances qui ne sont pas encourageantes», déplorent les signataires.
C’est dans la ville de Al-Suqaylabiyyah, à majorité chrétienne, que les troubles ont commencé quand deux hommes de confession musulmane, habitant une ville voisine, ont harcelé des femmes. Lorsque ces derniers furent chassés, ils sont revenus, certains armés, avec des dizaines d’hommes sur des motos, rapporte Christian Today ce 2 avril. Cette foule violente aurait ensuite saccagé un sanctuaire dédié à Marie, attaqué des boutiques, des maisons et des voitures, causant beaucoup de dommages à la communauté locale. Certains membres des services de sécurité auraient été impliqués dans cet assaut, souligne la même source, renforçant les craintes de la communauté chrétienne locale.
La sécurité des minorités, un défi pour le gouvernement
Les forces gouvernementales ont malgré tout réussi à arrêter la flambée de violence. Malgré toutes ses promesses de protéger les minorités – y compris religieuses –, le gouvernement de l’islamiste Ahmed al-Charaa, au pouvoir depuis décembre 2024, a pour défi de gérer la situation conflictuelle du pays qui sort à peine d’une décennie noire.
L’ONG Syrian Christians for Peace («Chrétiens syriens pour la paix») a, de son côté, rappelé aux autorités leur responsabilité à l’égard de tous les citoyens syriens sans aucune distinction. «Nous appelons les Syriens de toutes les composantes [groupes religieux et ethniques] à rester unis et à rejeter le sectarisme et la division, et nous appelons le gouvernement syrien à lancer une initiative de dialogue national sérieuse et à accélérer le processus de responsabilité et de justice transitionnelle», ont-ils déclaré dans un communiqué daté du 29 mars et publié sur X le 30 mars.
La Syrie est le pays qui inquiète le plus l’ONG de défense des chrétiens persécutés Portes Ouvertes. En l’espace d’un an, elle est en effet passée du 18e au 6e rang de l’Index, marquant la dégradation la plus flagrante de la condition des chrétiens dans un seul pays. La chute du régime de Bachar al-Assad, en décembre 2024, n’a pas apporté le répit espéré par la communauté chrétienne.