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James Talarico, le Texan démocrate qui appelle à «renverser les tables» comme Jésus

© Antonioaesparza - Wikimedia Commons
A 36 ans, James Talarico s’impose comme l’une des figures les plus inattendues du paysage politique étatsunien. Il défie la droite religieuse en invoquant le Sermon sur la montagne et en appelant à «renverser les tables» du pouvoir.
Maude Burkhalter

Le 16 février dernier, James Talarico, élu démocrate du Texas et candidat aux primaires pour le Sénat américain, a enregistré une interview pour The Late Show with Stephen Colbert, une émission satirique et politique de fin de soirée populaire aux Etats-Unis. Mais celle-ci n’a jamais été diffusée. Plus tard ce soir-là, Stephen Colbert a expliqué aux téléspectateurs que les avocats de la chaîne avaient déconseillé la diffusion du segment, invoquant des inquiétudes liées à la règle du «temps d’antenne égal» de la Federal Communications Commission en période électorale. L’entretien a ensuite été publié en ligne, où il a rapidement attiré une grande audience.

«Le christianisme est une religion simple, pas facile, mais simple»

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Le mois dernier, l’apparition de James Talarico sur le podcast Ezra Klein Show a aussi fait parler d’elle. Ce Texan de 36 ans défiant le président Donald Trump se révèle en homme politique qui parle du pouvoir en termes ouvertement théologiques. «Le christianisme est une religion simple, pas facile, mais simple. Jésus nous a dit d’aimer Dieu et d’aimer notre prochain. Ces deux commandements guident ma vie», a-t-il notamment avancé.

Petit-fils de pasteur élevé dans une Eglise presbytérienne, baptisé par un pasteur bénissant des mariages entre personnes de même sexe – une décision qui, en son temps, a failli coûter à la communauté son bâtiment – James Talarico décrit son éducation comme «contre-culturelle». Ce qu’il entendait à l’Eglise, dit-il, «ne ressemblait pas à ce [qu’il entendait] à l’école ni dans les médias». Dans une culture politique selon lui «centrée sur le contrôle», l’ancien étudiant au Séminaire théologique presbytérien d’Austin (Texas) qualifie également la foi de «contre-culturelle». «Je commence chaque jour par la prière», a-t-il confié, ajoutant qu’il récitait souvent le Notre Père. «La prière, c’est comme le Sabbat qui fait irruption dans la semaine; c’est essayer de toucher l’éternité.»

Jésus, un enseignant aux paroles «radicales»

Toujours face au journaliste Ezra Klein, James Talarico a invité tout un chacun à aller lire le Sermon sur la montagne, qu’il appelle le «b.a.-ba du christianisme». Les paroles de Jésus sur les oiseaux et les lys sont, pour lui, «radicales» car elles remettent en cause des systèmes fondés sur le contrôle et le statut. «C’est l’esprit de notre tradition chrétienne», affirme-t-il. «Quand on lit le Sermon sur la Montagne, on constate que Jésus est la personne la plus conservatrice et progressiste qui soit. Il s’inscrit dans une tradition juive qui a été la sienne durant toute sa vie et en réaffirme les principes, mais il appelle à élever ces principes au niveau suivant, un niveau radical d’amour.»

Dans la plupart de ses interventions, James Talarico n’hésite pas non plus à parler de ce qu’il estime être au cœur du christianisme, et de ce qui ne l’est pas. «Je ne sais pas ce que Jésus pense de l’avortement. Il n’est pas mentionné dans la Bible. Les relations homosexuelles consensuelles ne sont pas mentionnées», a-t-il déclaré à Ezra Klein. «C’est étonnant de voir un mouvement politique utiliser le christianisme pour prioriser deux problématiques desquelles Jésus n’a jamais parlé.»

Les priorités d’un chrétien

En revanche, d’après le démocrate, le souci des pauvres et des opprimés est au centre de l’enseignement de Jésus et il cite Matthieu 25 comme un passage décisif. Nous rencontrons le Christ dans «les plus petits d’entre eux». Prônant un amour censé se tourner en premier lieu vers la personne marginalisée et vers l’étranger au même titre que les membres de sa famille si ce n’est plus, James Talarico a ainsi critiqué ouvertement les propos du vice-président JD Vance sur la chaîne Fox News en février 2025, qui indiquait que le principe chrétien est d’abord d’aimer sa famille, puis ses voisins, puis sa nation. 

Il met aussi en garde contre une religion trop étroitement alignée sur le pouvoir politique: «Quand la religion devient trop proche du pouvoir, nous perdons notre voix prophétique.» Ceci tout en affirmant se sentir investi d’une «obligation morale de combattre le nationalisme chrétien chaque fois [qu’il] le [voit]».

Silence médiatique, résonance publique

L’ironie du 16 février était frappante: un candidat politique qui affirme que le christianisme doit contester le pouvoir a vu sa propre apparition télévisée non retransmise par prudence institutionnelle. Pourtant, la tentative de marginaliser la conversation n’a fait que la propager. Dans une nation profondément polarisée, l’ascension de James Talarico – dont le slogan «Il est temps de renverser les tables» fait écho à un épisode bien connu des Evangiles – suggère qu’un autre langage religieux en politique trouve son public.

A court terme, l’enjeu décisif pour James Talarico est la primaire démocrate du 3 mars 2026, où il affronte la représentante fédérale Jasmine Crockett pour l’investiture au Sénat américain au Texas, face au républicain sortant John Cornyn en novembre.

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