En Turquie, les protestants évangéliques étrangers accusés de menacer la sécurité nationale
Depuis 2020, les autorités turques ont expulsé 350 pasteurs et missionnaires évangéliques, ainsi que leurs familles, a rapporté La Croix le 17 février. Pour ce faire, elles utilisent les codes administratifs «N-82» ou «G-87» qui désignent des catégories de personnes menaçant la sécurité nationale, la sécurité publique ou l’ordre public. Ankara justifie ainsi l’interdiction d’entrée, l’expulsion ou le non-renouvellement de titres de séjours de chrétiens évangéliques.
Le 12 février dernier, le Parlement européen a adopté par 502 voix contre 2 (cinquante-neuf abstentions) une résolution concernant les atteintes à la liberté de culte et de la presse par le gouvernement turc. Le Parlement indique dans un communiqué qu’il «condamne fermement les expulsions ciblées de journalistes et de chrétiens étrangers menées en Turquie sur la base de prétextes de sécurité nationale non étayés et sans respect des garanties d’une procédure régulière».
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Dénonçant «le recours aux codes administratifs de sécurité N-82 et G-87, qui désignent au moins 300 chrétiens étrangers comme menaces pour la sécurité nationale», les votants exhortent Ankara «à fournir des décisions individuelles dûment motivées et susceptibles d’un contrôle juridictionnel indépendant, et à permettre le retour des personnes arbitrairement expulsées».
Une liberté religieuse pourtant officiellement reconnue
D’octobre 2016 à octobre 2018, l’incarcération du pasteur évangélique américain Andrew Brunson, condamné à trois ans d’emprisonnement pour «espionnage» et «appartenance à une organisation terroriste armée», avait conduit à de fortes tensions entre les Etats-Unis et la Turquie. Le président Donald Trump avait imposé des sanctions pour obtenir sa libération avant le terme de sa peine.
Toutefois, Ankara reconnaît officiellement la liberté de culte. A Istanbul, six policiers protègent l’Eglise de la Libération, fréquentée par une trentaine de fidèles. Nick, un professeur américain, ne s’y fie pas: «Ils sont là pour notre sécurité et sont plutôt sympas. Mais ça n’empêche qu’on peut se faire virer à tout moment», explique-t-il à La Croix.
C’est ce qu’ont vécu Andrew et Cathryn Hoard qui vivaient à Ankara depuis 1990. En 2020, les services de renseignement les ont repérés au Congrès annuel des protestants de Turquie. Expulsés, ils savent que la Turquie n’appliquera pas un éventuel arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme l’enjoignant à les laisser revenir.
En 2025, la Commission des Etats-Unis sur la liberté religieuse internationale a de son côté recommandé au département d’Etat de placer la Turquie sur sa liste des pays où les atteintes à la liberté religieuse sont préoccupantes.