Mort de Jim Bakker, figure controversée du télévangélisme américain
Il avait marqué la télévision américaine dans les années 1970 et 1980. Jim Bakker s’est éteint le 5 octobre à l’âge de 86 ans, a annoncé son épouse Lori sur Facebook. Le pasteur et télévangéliste s’était distingué par sa capacité à utiliser les médias modernes, mais aussi par sa façon de promouvoir l’Évangile de la prospérité et par plusieurs scandales qui l’ont conduit derrière les barreaux.
De la prédication itinérante à la télévision
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Né dans une famille ouvrière du Michigan, Jim Bakker a étudié au North Central Bible College à Minneapolis, établissement lié aux Assemblées de Dieu, où il a rencontré Tammy Faye LaValley, sa première femme, qu’il a épousée en 1961. Rapidement, le jeune couple a exercé un ministère itinérant, mais s’est senti davantage attiré par la télévision dont il a perçu le potentiel de communication. Les Bakker ont rejoint la jeune chaîne CBN de Pat Robertson, où Jim est devenu le premier présentateur de «The 700 Club», programme emblématique du télévangélisme étatsunien.
Les tensions entre Jim Bakker et Pat Robertson ont conduit à la rupture. Le couple aura cependant appris à faire du christianisme télévisuel non pas simplement une prédication filmée, mais un véritable spectacle familial. En 1974, le pasteur a lancé son émission «The PTL Club» («Praise the Lord», «Louez le Seigneur»), qui a atteint jusqu’à 13 millions de foyers par soir, d’après The Gospel Coalition.
Un parc à thème chrétien
Jim Bakker a par la suite fondé Heritage USA en 1978, un parc à thème chrétien relié à un complexe hôtelier en Caroline du Sud. Étendue sur environ 930 hectares, l’infrastructure a attiré jusqu’à six millions de visiteurs par an, juste derrière Disneyland et Disney World. Pour financer ce projet, il a lancé un appel aux dons et a vendu des places pour des séjours annuels de trois jours dans le complexe, une offre garantie à vie.
Entre 1984 et 1987, la rémunération totale versée aux époux Bakker par PTL s’est élevée à 4,7 millions de dollars, selon Christianity Today. Le couple, qui avait adhéré à l’Évangile de la prospérité, a acquis plusieurs résidences et menait un train de vie dispendieux.
Scandales et condamnation
En 1987, Jim Bakker a démissionné et remis PTL au pasteur baptiste Jerry Falwell. La même année, la presse a révélé qu’il avait eu en 1980 une rencontre sexuelle avec Jessica Hahn, secrétaire d’Église, qui a décrit un viol, ce que Jim Bakker a toujours contesté. PTL aurait versé 279’000 dollars pour acheter son silence. Par ailleurs, des enquêteurs ont découvert qu’il avait vendu plus de 159’000 places pour les séjours annuels à Heritage USA, au lieu des 25’000 annoncés.
Accusé de fraude postale, de fraude électronique et d’association de malfaiteurs, il a été condamné à 45 ans de prison en 1989, mais n’en a fait que cinq. La peine a en effet été réduite en appel, puis il a obtenu une libération conditionnelle en 1994.
Une seconde carrière à l’écran
Après sa détention, il a désavoué l’Évangile de la prospérité dans un livre, I was wrong («J’avais tort»). Son épouse Tammy ayant demandé le divorce durant son incarcération, il a épousé Lori Graham en 1998, avant de lancer l’émission qu’il a animée presque jusqu’à sa mort, «The Jim Bakker Show», à tonalité survivaliste, dans laquelle il vendait des réserves alimentaires pour se préparer à la fin des temps. En 2020, l’État du Missouri l’a poursuivi pour la promotion d’un produit, le Silver Solution, présenté dans son ancienne émission comme un remède contre certaines souches du Covid-19. L’affaire s’est réglée en 2021: 156’000 dollars de restitution, mais sans reconnaissance de faute.
Son histoire, du point de vue de sa première épouse, a été partiellement portée sur grand écran en 2021, sous le titre Dans les yeux de Tammy Faye. Le film raconte notamment l’ascension sociale du couple et les tensions entre Jim Bakker et Jerry Falwell. La journaliste Valérie Revelut, dans une chronique cinématographique publiée en 2022 dans la revue Christianisme Aujourd’hui, a écrit au sujet du film, qu’elle a malgré tout jugé «passionnant»: «On parle beaucoup de Dieu et de foi, sans en voir de vraies manifestations. C’est le parfait symbole de cette aventure épique au nom de Dieu, lequel a été rapidement remplacé par Narcisse et Mammon.»