Affaire Protestinfo: un rapport écarte la censure et la faute professionnelle
En octobre 2025, deux journalistes de Protestinfo ont été licenciés alors qu’ils étaient sur le point de publier une enquête sur le pasteur et théologien Daniel Marguerat soupçonné d’abus sexuels. Mi-septembre, la Conférence des Églises réformées romandes (CER) a publié un rapport concluant qu’Anne-Sylvie Sprenger et Lucas Vuilleumier n’avaient pas commis de faute professionnelle, mais que leur employeur, l’Église romande, ne les avait ni censurés ni licenciés abusivement, rapporte Cath.ch dans un article du 18 septembre.
Des licenciements passés au crible
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Alors qu’ils enquêtaient sur le théologien, soupçonné d’abus sexuel, les deux journalistes avaient été remerciés pour un «désaccord éditorial», rapportait Evangéliques.info le 15 octobre 2025. Le média catholique Le Cri a révélé en avril que l’enquête des deux journalistes concernait l’ancien professeur de Nouveau Testament à l’Université de Lausanne et pasteur de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud.
En novembre 2025, la plateforme du Conseil de l’Europe pour la sécurité des journalistes a exigé la réintégration des deux journalistes licenciés et demandé des garanties claires pour l’indépendance éditoriale du média, rapportait alors Evangéliques.info.
L’émoi suscité par ce licenciement a conduit la Conférence des Églises réformées romandes à confier un travail d’enquête à une commission indépendante. Après plusieurs mois, ses membres ont livré un rapport de 18 pages, «très circonstancié», selon Cath.ch. «Outre l’examen des faits, elle s’est penché sur les dysfonctionnements institutionnels et fait une série de recommandations pour en améliorer l’organisation», relate le média.
Aucune faute journalistique retenue
La commission relève plusieurs déséquilibres: une charte rédactionnelle ancienne et imprécise, une gouvernance mal définie, l’absence d’un interlocuteur hiérarchique clair pour les journalistes et des tensions préexistantes entre Protestinfo et certains responsables ecclésiaux. Elle constate notamment un «décalage entre la mission d’information donnée à l’agence et les attentes de certains acteurs institutionnels».
Elle estime qu’un entretien était légitime et que le comportement des journalistes était conforme aux règles professionnelles, qu’ils n’ont commis aucune faute. Les examinateurs ont considéré que les licenciements n’étaient pas abusifs car, fondés sur une rupture du «lien de confiance», ils pouvaient «être considéré[s] comme licite[s]».
La crise s’expliquerait surtout par une défaillance institutionnelle globale, selon la commission: «charte rédactionnelle insuffisante, perte de l’esprit fondateur de l’agence, non respect de la gouvernance et court-circuitage des instances de décision, décision stratégique unilatérale». Soulignant l’urgence de régler ces défaillances, elle affirme l’importance d’une presse d’Église autonome: «Une agence de presse a vocation à non seulement servir la soupe à son mandant, mais aussi à pointer des erreurs ou des travers.»