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Affaire Protestinfo: un mensuel français révèle le nom du théologien au cœur de l’enquête

Bâtiment Anthropole de l'université de Lausanne, abritant la faculté de théologie.
© SlvrKy - Wikimedia
C'était un secret de polichinelle, c'est maintenant clair. Le mensuel chrétien français «Le Cri» a directement nommé le théologien protestant visé par l'enquête avortée des ex-journalistes de Protestinfo.
Matthieu Schmidt

L’affaire Protestinfo connaît un nouveau rebondissement. Le 29 avril, le mensuel chrétien français «Le Cri» a publié son numéro de mai, dans lequel il révélait notamment l’identité du théologien au centre de l’enquête menée par Anne-Sylvie Sprenger et Lucas Vuilleumier avant leur licenciement. L’enquête de huit pages signée Alix Champlon pointe Daniel Marguerat, ancien professeur de Nouveau Testament à l’Université de Lausanne (UNIL) et toujours pasteur reconnu de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV). Daniel Marguerat est présumé innocent. Aucune plainte pénale n’a été déposée contre lui.

Trois signalements depuis la fin des années 1990

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Selon l’enquête relayée par plusieurs médias dont la RTS (Radio-télévision suisse romande), «au moins trois signalements pour violences sexuelles ou “gestes inappropriés”» ont été émis à l’encontre de Daniel Marguerat depuis la fin des années 1990, lorsqu’il enseignait encore à l’UNIL. Une partie de cette affaire avait déjà été abordée en juillet 2024 dans Le Temps, sans que le nom du théologien n’apparaisse alors.

C’est très compliqué de sortir ce nom depuis la Suisse. La presse confessionnelle protestante [suisse] est un petit milieu, très entremêlé, dans lequel on est vite mis à mal avec plusieurs instances en même temps.

Alix Champlon, journaliste au Cri

Dans l’émission «Forum» de la RTS, la journaliste du Cri Alix Champlon explique que la rédaction du Cri a choisi de révéler le nom du théologien afin de «crever l’abcès» et de briser le silence autour de l’affaire. Elle explique également qu’ils s’intéressent au cas de Daniel Marguerat parce que sa notoriété dépasse les frontières helvétiques, et qu’il était également plus aisé – pour des raisons juridiques – de s’exprimer sur le sujet en tant que journal français.

Contacté par la RTS, Daniel Marguerat s’est dit «consterné par cette enquête», déplorant que son nom «soit jeté en pâture» alors qu’il avait demandé à Alix Champlon que son nom ne soit pas dévoilé: «Je trouve que c’est inadmissible d’écrire un article qui énumère toutes sortes de dénonciations anonymes.» Il reconnaît notamment des gestes déplacés qu’il regrette, même s’il tient à préciser qu’ils ont eu lieu «il y a 30 ans, [quand] on n’était pas dans l’ère #MeToo». Il conteste toute forme de violence sexuelle et se dit «victime d’une campagne de dénigrement abominable».

Flou entre l’EERV, l’UNIL et Protestinfo

Selon le média national, tant le Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) que l’UNIL refusent de s’exprimer sur le sujet. L’EERV, qui «conteste toute idée d’omerta», affirme que puisque Daniel Marguerat était professeur à l’UNIL, il est «administrativement dépendant de cette institution». Toutefois, cette dernière ne désire pas s’exprimer concernant une personne «qui n’est plus en lien avec l’institution».

Six mois après leur licenciement, Anne-Sylvie Sprenger et Lucas Vuilleumier n’ont toujours pas été réintégrés. Saisie par la Plateforme du Conseil de l’Europe pour la sécurité des journalistes, qui réclamait leur retour, la Confédération a répondu le 12 février par la voix de l’Office fédéral de la communication (OFCOM) que le litige relevait d’une «affaire privée» entre l’éditeur et ses journalistes, et qu’elle ne pouvait donc pas intervenir. Une position jugée «décevante» par la Fédération européenne des journalistes et qui a poussé le conseiller national vaudois Olivier Feller à déposer début mars une interpellation au Parlement. En interne, la Conférence des Eglises réformées romandes (CER) a mandaté en novembre 2025 une commission chargée d’examiner l’affaire, dont le rapport est attendu au premier semestre 2026.

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