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Écologie et solidarité: une première journée d’étude à la FLTE sur les sujets sensibles

La discussion finale avec de gauche à droite Rachel Calvert, Clément Blanc, Marjorie Legendre, Daniel Hillion et l’animateur.
© Serge Carrel
Approfondir ensemble des sujets difficiles, c’est le nouveau projet qui a abouti sur une journée à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, le 11 avril. Le premier thème était: «Penser ensemble soin de la Création et souci des pauvres».
Serge Carrel

Le 11 avril, la Faculté libre de théologie évangélique (FLTE) de Vaux-sur-Seine en région parisienne a organisé dans ses locaux sa première Journée d’étude. Mise sur pied conjointement avec les ONG A Rocha et le Sel, cette journée a rassemblé une quarantaine de personnes pour «Penser ensemble soin de la Création et souci des pauvres: perspectives évangéliques contemporaines». «Nous aimerions ainsi mettre en dialogue des œuvres et des unions d’Eglises», explique Antony Perrot, vice-doyen de la FLTE qui a introduit la journée, «et lancer des dynamiques de recherche sur des sujets différents avec des gens qui souhaitent « mouiller le maillot ».»

Clément Blanc et la Bible en éthique

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Deux théologiens, qui ont déjà marqué le paysage évangélique francophone sur le sujet en 2025, sont intervenus le matin. Auteur de Aimer dans un monde en crise. La foi à l’épreuve des défis environnementaux (éd. Excelsis & SEL & A Rocha), Clément Blanc, pasteur-implanteur d’Eglise en région parisienne et formateur dans le cadre d’A Rocha, a parlé «méthode». Comment faut-il conduire une réflexion éthique en lien avec les questions écologiques? Parfois, l’interprétation de la Bible à ce propos est laissée aux convictions des spécialistes du climat ou de l’écologie. Elle est alors «asservie». D’autres fois, les théologiens «tiennent le stylo» et font peu de cas des avis scientifiques sur les nombreuses crises que nous connaissons aujourd’hui: réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité, pollution des sols… Ces théologiens développent alors une «herméneutique distante», particulièrement exemplaire dans Creation Care (Prendre soin de la Création), des auteurs Etasuniens Douglas J. et Jonathan A. Moo (éd. Zondervan Academic).

De son côté, Clément Blanc plaide pour une troisième voie: celle d’une «herméneutique en dialogue» qui permet aux théologiens, conscients du fait que leur réflexion est toujours située dans un contexte particulier, de dialoguer de manière constante avec les spécialistes des questions écologiques. L’auteur de Aimer dans un monde en crise utilise l’image, à la suite du théologien N. T. Wright, de la pièce de théâtre en cinq actes, dont les quatre premiers retracent la «grande Histoire» de la Bible et dont le cinquième devrait être écrit et joué à la fois par les spécialistes du «script inspiré» et par les experts du contexte du cinquième acte, soit les spécialistes des questions environnementales.

«Il devrait être possible aux interprètes de ce cinquième acte de modifier leur script tout au long de la rédaction de celui-ci, en fonction du dialogue avec les spécialistes des questions environnementales. Mais le rôle des spécialistes du « script inspiré » doit rester premier», complète Clément Blanc.

Daniel Hillion et «Laudato si»

Suite à cette intervention sur la manière de conduire une réflexion éthique en milieu évangélique, Daniel Hillion, auteur de Ecologie et souci des pauvres. Repères bibliques et théologiques (éd. Excelsis), a proposé «une lecture protestante évangélique de Laudato si, l’encyclique écologique du pape François publiée en 2015 (éd. Salvator). Pour le directeur des études au SEL, une ONG de développement proche des Eglises évangéliques françaises, Laudato si est une leçon de profondeur qui synthétise connaissances intellectuelles en lien avec l’environnement, sagesse et compétences théologiques».

Pour les évangéliques, il ne s’agit pas d’opérer des rapprochements trop rapides ni de buter sur les «irritants»: le paragraphe marial sur «La Reine de toute la Création» (§ 241), l’emploi de la formule «conversion écologique» ou la reprise du vocabulaire de François d’Assise «notre sœur la mort» par exemple. Pour Daniel Hillion, la lecture de textes du Mouvement de Lausanne comme L’Engagement du Cap de 2010 (disponible chez BLF Editions), l’Appel à l’action de la Jamaïque (2012) ou Bonne nouvelle pour toute la terre – L’invitation coréenne à répondre à l’Evangile (2024) permet de déceler des convergences avec Laudato si. Il y a accord sur le diagnostic, sur le lien entre crise écologique et la situation des pauvres, sur la critique du consumérisme… Mais il y a des différences notamment sur les destinataires: Laudato si s’adresse aux humains de bonne volonté, alors que les documents du Mouvement de Lausanne adressent leurs réflexions avant tout aux évangéliques.

Une approche originale de l’éthique

Du point de vue théologique, les engagements évangéliques dans le domaine de l’action sociale ou environnementale s’enracinent dans la mission de Dieu, alors que l’encyclique de François vise beaucoup plus large et propose ainsi une éthique et une spiritualité tout public. Pour Daniel Hillion, la manière de concevoir la grâce diffère entre les évangéliques et les perspectives développées par le pape François. La justification par la foi seule entraîne une approche originale de l’éthique. Notre justification en Jésus-Christ suscite la sanctification, alors que la conception de l’être humain dans Laudato si est plus optimiste.

La notion de jugement et la condamnation du péché, pour faire court la réalité de la croix de Jésus-Christ, sont en effet absentes de l’encyclique. «Plus la vérité de la justification par la foi est obscurcie, plus la réalité du péché demeurera dans la vie du croyant», complète le directeur des études au Sel. Conscient du fait que les changements de comportements dans le domaine écologique prennent du temps, Daniel Hillion souligne l’importance des «petits commencements» (Zach. 4, 10) et notamment la manière dont Laudato si encourage les petits gestes, entre autres celui de «prendre soin de l’intérieur de son logement» (§ 148) (une démarche à comprendre de manière symbolique!)

Les structures de péché et des personnalités marquantes

En début d’après-midi, Marjorie Legendre, professeure d’éthique à la FLTE, a développé le thème «La crise écologique et la crise sociale comme structures de péché». Validant cette dimension collective du péché, elle a encouragé à concevoir positivement le rôle de l’Etat pour promouvoir davantage de justice. Elle a aussi appelé au développement d’Eglises locales qui jouent le rôle de contre-communautés, et à risquer une parole publique qui soit prophétique par rapport aux enjeux sociaux de notre temps.

La dernière contribution, apportée par la présidente d’A Rocha France Rachel Calvert, a permis de découvrir comment des personnalités évangéliques avaient articulé «Souci du pauvre et souci de la Création». Dave Bookless, directeur théologique d’A Rocha, René Padilla et Samuel Escobar, théologiens latino-américains et avocats de la justice sociale aujourd’hui décédés, ou encore Christopher Wright, bibliste et théologien britannique à l’origine de l’Engagement du Cap… Tous ont montré que l’Evangile de Jésus-Christ avait une implication dans tous les domaines de notre vie, y compris dans notre relation avec la terre. «Dieu a montré sa compassion lors de la résurrection de Jésus. Face à la force de la mort, il a rappelé qu’il était du côté de la vie et que cela constituait un espoir tant pour les êtres humains que pour la terre», a conclu Rachel Calvert.

D’autres sujets brûlants dans d’autres journées d’étude

«A la FLTE, nous aimerions que de telles Journées d’étude puissent se développer», termine Antony Perrot, vice-doyen. «A côté de notre colloque annuel qui vise à rassembler les amis de la faculté, nous souhaitons lancer des dynamiques de recherche en dialogue avec d’autres partenaires. En touchant les cadres de nos Eglises, nous espérons ainsi infuser jusque dans les Eglises locales sur des sujets importants.» Prochains thèmes possibles de ces Journées d’étude: le féminisme ou le masculinisme!

Serge Carrel, journaliste, ancien pasteur et responsable de la plate-forme de formation FREE College

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