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Europe: La CEDH crée un délit de blasphème anti-islam

La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a créé un délit de blasphème anti-islam dans une décision annoncée le 24 octobre. La CEDH a validé la condamnation d’une Autrichienne, Mme S., qui avait qualifié le prophète Mohammed de «pédophile» lors d’une conférence. Une décision grave pour le directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), Gregor Puppinck, qui tire la sonnette d’alarme dans une interview accordée au Figaro le 26 octobre.

Lors d’une formation sur l’islam organisée par le parti FPÖ, l’intervenante avait critiqué le mariage du prophète de l’islam avec une petite fille, consommé alors qu’elle avait neuf ans. «Comment appelons-nous cela, si ce n'est de la pédophilie?», s’était-elle inquiétée, d’autant plus que la vie du prophète est considérée comme un exemple à suivre.

Des journalistes avaient alors signalé les propos de Mme S. à la justice. La conférencière avait été condamnée en 2011 par les tribunaux autrichiens pour «atteinte à la paix religieuse», et afin de protéger la sensibilité religieuse des musulmans. Elle devait payer 480 euros ou à défaut purger une peine de soixante jours de prison. La prévenue avait fait appel devant toutes les juridictions autrichiennes avant de se tourner en 2012 vers la CEDH dans l’espoir de voir reconnu le droit de critiquer une religion.

Pour Gregor Puppinck, «le seul véritable motif de cette décision est la peur des musulmans». En effet, la CEDH a validé la décision autrichienne pour préserver la «paix religieuse». Ainsi, elle confère aux Etats «l'obligation d'assurer la coexistence pacifique de toutes les religions et de ceux n'appartenant à aucune religion, en garantissant la tolérance mutuelle».

La Cour a jugé l’intention de la conférencière. Elle n’aurait pas cherché tant à informer qu’à «dénigrer» Mahomet, démontrant qu’il n’est «pas digne d’être vénéré», ce qui inciterait à la violence à l’encontre de ses disciples. De plus, les juges lui reprochent de ne pas avoir replacé cet épisode de la vie du prophète dans son contexte plus large, généralisant le verdict de pédophilie «de façon malveillante».

«Cette décision est grave à mes yeux. D'abord parce qu'elle se résigne à l'intolérance et même à la violence des musulmans face à la critique, et qu'elle renonce à défendre fermement la liberté d'expression sur l'islam», s’alarme Gregor Puppinck. «En fait, c'est la violence même des musulmans qui justifierait et exigerait que leurs croyances soient davantage protégées contre les critiques. »

Plus profondément, elle entérine le relativisme. Le «vivre-ensemble» a ici davantage d’importance que la recherche de la vérité. «La logique de la coexistence et du vivre-ensemble repose sur le dogme absurde de l'égalité des religions», déplore-t-il. Au contraire, il faudrait pouvoir critiquer et comparer librement les religions.

Concernant les limites à la liberté d’expression, le directeur du ECLJ estime «seule la diffusion d'obscénités gratuitement offensantes et inutiles au débat ainsi que les propos incitant à la violence immédiate peuvent être restreints. Tout autre propos - surtout lorsqu'il s'appuie sur des faits réels - devrait être protégé au titre de la liberté d'expression.»

La rédaction d'évangéliques.info / Le Figaro - 29 octobre 2018 08:11

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